Les Prêtres de l’ancienne Égypte

Par Louis Caillaud

Tous n’étaient pas des prêtres dans cette grande « Maison » représentée par le clergé de l’ancienne Égypte, qui vivait dans l’enceinte des temples et de ses annexes ; mais beaucoup l’étaient à un titre ou à un autre. Par « prêtre », il nous faut comprendre tout homme qui s’était mis dans l’état de pureté requis pour approcher du lieu saint, résidence du dieu.

Si le nombre des « prêtres-purifiés » (les ouêbou) était considérable, du chapelain au prêtre s’étageaient des classes, entre lesquelles se répartissaient une foule d’officiants et d’auxiliaires. Ces classes étaient flottantes et  parfois insuffisantes, car diverses catégories servant dans le domaine des temples n’auraient su être systématiquement rattachées à l’une ou à l’autre. C’était le cas des « chanteuses », des « prêtres-lecteurs », des « hiérogrammates », des « horologues » qui jouaient, dans les offices du culte divin, dans les cérémonies du Jubilé ou lors d’un couronnement, un rôle très important.

Aussi adopterons-nous une classification, fondée sur le rôle joué par chaque officiant dans ses fonctions. Les textes ne manquent pas où l’on voit des prêtres de petits sanctuaires cumuler titres sacerdotaux et titres du compte des sacs de blé.

L’accession au sacerdoce

Il est difficile de dégager une règle définissant les conditions d’accès aux fonctions sacerdotales pour toutes les époques. Plusieurs filières étaient admises : les droits de l’hérédité – un prêtre pouvait être remplacé par un membre de sa famille -, la cooptation, le rachat des charges ; ces filières permettaient en général un recrutement convenable.

Il ne faut pas perdre de vue le fait que le culte divin rendu dans le temple, quels que soient les droits de fait acquis par les membres du clergé au service du dieu, restait une délégation royale. Le pharaon étant pratiquement le seul ministre des cultes, son autorité pouvait à tout moment intervenir dans les arrangements au sein du clergé. À d’autres moments, Pharaon – Per-aâ, qui, sous l’ancien Empire, signifiait la « Grande Demeure » prenait la décision de promouvoir un prêtre dont l’activité et les dispositions lui agréaient. Ce fut le cas du prêtre Nebouây, sous le règne de Thoutmosis III, qui fut élevé au statut de « Premier Grand-Prêtre d’Osiris ». « Les dieux m’ont préparé la route, c’est le roi qui m’envoie contempler le dieu dans le Saint des Saints », dit un chapitre du rituel d’intronisation.

Vers le Nouvel Empire, dans l’enceinte des temples, les femmes eurent la possibilité d’exercer une charge sacerdotale de second rang. Un clergé féminin, les ouêbouit, fut mis en place lors des cultes. Des exemples de femmes-prêtresses ne manquent pas. L’institution thébaine consacrait une épouse terrestre au dieu Amon, appelée « la Divine Adoratrice ». Lors de représentations des Mystères religieux, deux jeunes femmes choisies (vierges), jouaient le rôle cérémonial des déesses Isis et Nephtys. À partir de la XVIIe dynastie, des scènes épigraphiques mettent en évidence que des épouses royales eurent des fonctions religieuses et des transmissions de mère à fille. Ce fut le cas de la reine Hatshepsout pour sa fille Neferourê, et de Nefertari pour sa fille Merytamon. Les chanteuses d’Amon, les hymnodes, se rangeaient parmi les prêtresses, car il convenait que le rythme des mélopées adressées au dieu fût conforme aux traditions d’élocution sacrée.

Les prêtres et l’ensemble des officiants qui assuraient le service du culte au temple fonctionnaient sur une période d’un mois environ. Autrement dit, chaque groupe n’officiait que trois mois par an, chacune de ces périodes étant séparée par un trimestre d’inactivité, tout au moins dans l’enceinte du temple. Le groupe sortant livrait le temple avec son matériel de fonctionnement aux nouveaux arrivants. Seule la haute prêtrise demeurait en fonction permanente au sein du temple.

La pensée religieuse

La pensée religieuse égyptienne a produit des oeuvres qui tournent une à une les pages glorieuses d’un passé plusieurs fois millénaire, où le désir d’une vie sans fin s’étendait au-delà des formes créées. Le domaine de l’inconnaissable restait à tout moment perceptible dans un autre monde, où les dieux et les morts se fixaient dans une vie sans déclin. C’était une magie qui agissait comme un régulateur d’énergies spirituelles et matérielles entre le divin et l’homme, parce qu’elle plaçait le sacré comme valeur première. C’était Pharaon qui, par sa filiation divine (fils d’AmonRê), était la clé de voûte ; sur lui reposait le fonctionnement social et religieux du peuple d’Égypte. Appelé aussi le « Grand Magicien », il rendait le culte divin qui se déroulait chaque jour dans la « Demeure du dieu », ce qui en faisait le « Premier Grand Serviteur » du temple.

Considéré comme le reposoir terrestre du dieu, le temple était l’image symbolique du « Tertre originel émergé du Noun ». Et parce qu’il devait être un creuset d’ordre et d’équilibre du monde sous l’influence de Maât, il fallait pour faire fonctionner cette « centrale d’énergie » tout un personnel qui peuplait et semait la vie dans l’ensemble du domaine du temple : du « Grand-Prêtre », haut personnage politique et religieux, aux différentes classes des prêtres et chapelains, des scribes, des fonctionnaires au personnel d’entretien. À Karnak, au temps de la faveur d’Amon, on pouvait

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