Le temps idéal

Chez les Grecs, le bon « timing » était associé à la notion de kairos qui traduit le temps adéquat pour faire les choses, le temps qui « tombe bien ». Être en kairos veut dire être bien synchronisé par rapport à la totalité. Le kairos désigne la qualité du temps, soit la reconnaissance du moment propice pour agir.

Le kairos, tout comme la synchronicité, est lié à l’intuition du « temps juste », celui que nous sentons approprié pour nous orienter et agir.

« L’individu doit en arriver à percevoir ce temps intuitif plutôt que d’être submergé par le temps calculé typique d’une société qui impose un rythme « anti-kairos ». Le kairos est une invitation à contacter nos propres rythmes internes, qui sont liés aux rythmes collectifs… et naturels régis par les lois universelles. »

Le kairos nous renvoie aussi au temps sacré que nous avons pour faire les choses et qui nous permet de dégager un espace d’action et d’inaction. Mais il nous renvoie surtout à l’idée que nous faisons partie d’un vaste réseau et que le moment approprié à la poursuite de notre vie dépend bien souvent de l’intervention d’un niveau supérieur d’organisation. Par exemple, l’annulation d’un rendez-vous, le report d’un voyage, l’offre d’un nouvel emploi, d’un contrat, etc.

Kairos est le dieu de l’occasion opportune, du temps juste (right time), par opposition à Chronos qui est le dieu du temps (time). Il est souvent représenté comme un jeune homme ayant une épaisse touffe de cheveux à l’avant d’une tête chauve à l’arrière ; il s’agissait de « le saisir par les cheveux » lorsqu’il passait… toujours vite. Le Larousse encyclopédique le définit « comme une allégorie de l’occasion favorable, souvent représenté sous forme d’un éphèbe aux talons et aux épaules ailés ».

Plusieurs auteurs utilisent le mot kairos comme substantif pour désigner l’aptitude à saisir l’opportunité. Ce terme est utilisé en philosophie, en théologie, en psychologie et en pédagogie, et il s’emploie aussi dans les sciences de l’administration.

– Saisir le temps juste ou être juste (à) dans le temps !

Quelle est donc cette faculté, ce sens en nous qui nous rend plus ou moins aptes à saisir l’occasion opportune ? Pouvons-nous la développer ? Si l’occasion opportune est un don des « dieux », quelles sont les vertus qui nous disposent à accueillir ce don ?

« S’il n’y a qu’une façon de faire le bien, il est bien des manières de le manquer. L’une d’elles consiste à faire trop tôt ou trop tard ce qu’il eût fallu faire plus tard ou plus tôt. Les Grecs ont un nom pour désigner cette coïncidence de l’action humaine et du temps, qui fait que le temps est propice et l’action bonne : c’est le kairos, l’occasion favorable, le temps opportun. »

Il en est ainsi dans l’ordre moral, mais aussi dans l’art :

« Le temps de l’opération technique n’est pas une réalité stable, unifiée, homogène, sur quoi la connaissance aurait prise ; c’est un temps agi, le temps de l’opportunité à saisir, du kairo, ce point où l’action humaine vient rencontrer un processus naturel qui se développe au rythme de sa durée propre. L’artisan, pour intervenir avec son outil, doit apprécier et attendre le moment où la situation est mûre, savoir se soumettre entièrement à l’occasion. Jamais il ne doit quitter sa tâche, dit Platon, sous peine de laisser passer le kairos, et de voir l’œuvre gâchée. »

Dans un commentaire sur Pindare, Gilbert Romeyer-Dherbey souligne le caractère divin du kairos :

« Le kairos est un don, et le don est un kairos ; l’intervention du dieu dans le sort des mortels en modifie la temporalité, et l’on comprend dès lors que l’un des sens de kairos désigne le moment fugace où tout se décide, où la durée prend un cours favorable à nos vœux. […] L’irruption soudaine du kairos, c’est-à-dire d’un temps visité par le dieu, se marque en général chez Pindare par l’apparition de la lumière. […] Lorsque l’orage a bien enténébré la terre, soudain le vent faiblit, la pluie s’arrête, la nue s’entrouvre – et c’est l’embellie, une clairière de lumière, soudain, dans un lieu de désolation. L’homme a senti le passage du dieu, et tel est lekairos. […] Le kairos est une seconde d’éternité. »

En fait, nous devons nous rappeler que la personne avec laquelle nous passons le plus de temps ou l’essentiel de notre existence, c’est nous-même.

– Créer le temps par la pensée créatrice

Notre univers physique est subtilement composé de vibrations, d’énergie. À des niveaux plus subtils, la matière apparemment solide se révèle sous la forme de particules de plus en plus fines, les unes à l’intérieur des autres pour finalement se réduire à l’état d’énergie pure. La pensée est de l’énergie sous une forme relativement subtile et légère, et donc capable d’assumer des modifications facilement et rapidement. Tous les aspects de l’énergie sont en interaction les uns avec les autres et s’influencent mutuellement.

Le processus de la pensée créatrice fournit, lui aussi, une explication de la synchronicité. Il s’agit du principe selon lequel toutes nos pensées, nos paroles et nos actions générées dans l’univers nous reviennent comme un boomerang. Cela veut dire que nous attirons à nous ce à quoi nous pensons le plus, croyons le plus et souhaitons le plus. Lorsque nous sommes négatifs et sous l’emprise de la peur, insécure ou anxieux, nous avons tendance à attirer les expériences, situations ou les personnes mêmes que nous cherchons à éviter. Si nous sommes plutôt dans un état d’esprit positif, enclins au plaisir et au bonheur, les gens que nous attirerons, les situations et les événements seront plus conformes à nos dispositions positives.

La pensée est une loi créatrice de notre univers personnel. Son action, établie par la visualisation, provoque les circonstances extérieures et les situations reliées à notre volonté. À titre d’exemple, vous pensez à une personne, elle vous appelle… L’art de la visualisation permet de créer le temps à venir, de voir les résultats à l’avance plutôt que les choses à faire…

En observant le monde qui nous entoure, nous constatons que le réel présente lui-même quantité de signes inattendus. Dans la revue Psychologie de septembre

1999, Érick Pagani explique comment provoquer des « hasards » heureux :

• Tenez un carnet de notes, comme pour les rêves – ceux qui sont attentifs aux rêves savent que c’est extrêmement précieux de les noter, tout comme les événements de la vie quotidienne. Si vous tenez un carnet de notes pour y inscrire les coïncidences observées, vous vous rendrez compte que plus vous en trouvez, plus elles vont se multiplier. En demandant à votre mental de prêter attention aux détails de l’existence, vous les intégrez à votre vécu. Ne jugez pas. En notant une coïncidence, évitez de vous laisser influencer par votre esprit rationnel.

• Reliez-vous à votre environnement. Oubliez le principe rationaliste selon lequel l’univers est composé d’éléments séparés. Les techniques orientales, telles que le qi gong, le taï chi, ou encore le feng shui sont basées sur le principe que tout est relié.

• Déterminez vos besoins essentiels. Aiguisez votre lucidité et votre honnêteté par rapport à vous-même en clarifiant sans cesse ce dont vous avez réellement besoin. Plus une demande est claire, plus la réponse le sera.

• Visualisez les réponses. Prenez dix minutes par jour – ou un certain temps dans la journée – pour vous relaxer et imaginer avec le plus de détails possible la résolution de votre problème. Cela vous aidera à le solutionner. L’idée, c’est que le psychisme peut avoir une influence sur le monde physique, lequel, justement, n’est pas que physique, mais essentiellement énergie.

Extrait de Le Temps (chap. « Le temps comme phénomène psychologique »)