De quel Jacques s’agit-il ?

Le voyage à Compostelle n’est pas un simple voyage touristique mais une démarche initiatique incontournable, que tous les Rose-Croix du passé et du présent ont voulu poursuivre.

« Toute la tradition du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle est née avec la personnalité de Jacques le Majeur.

Dans le Nouveau Testament, Jacques est cité dix-neuf fois. Il est présenté comme étant le fils de Zébédée et le frère de Jean, l’apôtre que Jésus aimait, l’évangéliste. Jacques était cousin de Jésus, car sa mère était Marie-Salomé, la sœur de Marie, mère du Rédempteur.

Les récits de Matthieu et de Marc nous précisent que les deux frères étaient dans leur barque en train d’arranger leurs filets, de pêcher, quand Jésus les appela et leur demanda de le suivre. Jacques était certainement l’aîné, car il est généralement cité en premier, Jean étant présenté comme « frère de Jacques ». Selon Marc, Jésus avait donné à ces deux frères le surnom de boanerguès, c’est-à-dire « fils du tonnerre ». Un surnom mérité si l’on se réfère à la colère mentionnée par Luc : devant l’attitude des Samaritains qui refusaient d’accueillir leur maître, ces deux disciples dirent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? » Selon Marc, ils allèrent jusqu’à demander à Jésus de siéger dans sa gloire, l’un à droite et l’autre à gauche !

Jacques et Jean sont souvent associés à Pierre, dans des moments importants. C’est ce trio qui assiste à la Transfiguration de Jésus apparaissant dans toute sa gloire, entre Moïse et Élie. Lors de la résurrection de la fille de Jaïre, Jésus ne permit à personne de venir avec lui, à l’exception de ces trois apôtres. Tous trois accompagnent Jésus dans le jardin de Gethsémani, mais au lieu de le soutenir de leurs prières, par trois fois ils sont réveillés par Jésus.

Dans les Actes des Apôtres, nous apprenons qu’Hérode Agrippa Ier a fait périr Jacques par le glaive. Ainsi, il aurait été, entre 41 et 44, le premier apôtre à témoigner par son sang.

Le Jacques dont nous venons de parler, celui dont la sépulture se trouverait à Compostelle, c’est Jacques le Majeur. Il ne faut pas le confondre avec trois autres Jacques cités dans le Nouveau Testament :

– Jacques, fils d’Alphée, parfois confondu avec « le Mineur » ;

– Jacques, le père de Jude, qui n’est cité qu’une seule fois par Luc ;

– Jacques, le frère de Jésus, qui joue un rôle très important après la Passion. L’apparition du Christ aurait provoqué sa conversion dans des conditions comparables à l’expérience spirituelle de Paul sur le chemin de Damas. Les Actes et les Épîtres témoignent de son activité au sein de l’Église naissante. Quand Paul se rend à Jérusalem en 58, c’est Jacques, frère de Jésus, qu’il rencontre. Il a certainement été à la tête de la communauté de Jérusalem. Dans l’Évangile de Marc, au chapitre 15, verset 40, il est nommé Jacques le Petit (ou le Mineur selon les traductions).

Dans cet ouvrage, il sera toujours question de Jacques le Majeur, que par commodité nous nommerons tout simplement Jacques, ou encore « l’Apôtre ».

Histoire et légendes de Jacques le Majeur

Jacques était donc le fils aîné d’une modeste famille de pêcheurs installée sur les rives du lac de Galilée. En acceptant de suivre Jésus, il abandonnait sa vie laborieuse mais sédentaire, pour une vie au service de la foi, qui le conduirait jusqu’à son sacrifice dans une mort douloureuse.

Selon la doctrine de la Divisio Apostolorum, l’évangélisation du monde aurait été répartie entre les douze apôtres. Saint Jérôme, saint Isidore et la littérature mozarabe font allusion à l’évangélisation de la péninsule Ibérique par Jacques. Le Nouveau Testament n’en parle pas, et les historiens sont sceptiques.

Là où s’arrête le récit évangélique, la Légende dorée prend le relais. Après avoir prêché en Judée et en Samarie, Jacques se serait rendu en Espagne où il aurait converti neuf disciples. Deux d’entre eux restèrent en Espagne pour continuer l’évangélisation. Arrivé en Andalousie, il aurait suivi la voie romaine pour se rendre en Galice.

Les références à ses prédications en Espagne peuvent trouver leur origine dans les légendes. En Galice, d’anciens récits rapportent qu’il prêcha dans les environs de Mugia, près de Finisterre, en un lieu où existe encore la pierre plate qui serait la quille du bateau en pierre qu’utilisa la Vierge, naviguant de Jérusalem jusqu’en Galice pour encourager l’Apôtre qui prêchait. Les empreintes se voient encore dans la pierre. Cette légende a inspiré de belles chansons de marins.

Il est parfois fait allusion à une scène (Caldas de Reyes) où l’on voit le corps de Jacques dans une barque tirée par une femelle cygne, qui bien qu’étant comme une sirène, possède des ailes et des pieds de palmipède, comme le pilote magique de Lohengrin. Nous aborderons la tradition des pieds palmés (les pédauques) à propos du Jeu de l’Oie.

Une autre légende nous raconte la peine de l’Apôtre, attristé par la population païenne de Saragosse livrée à l’esclavage. Il vit en songe une multitude d’anges qui portaient la Vierge sur un trône éclatant de lumière. À côté, resplendissait sa propre image sous la forme d’une statuette de bois près d’une curieuse colonne de jaspe. Avec étonnement et frayeur, il entendit de douces paroles qui venaient de l’au-delà et arrivaient à ses oreilles. Par cette petite sculpture et la colonne symbolique, le saint comprit qu’il recevait la mission d’édifier un sanctuaire, que le temps transformera en une cathédrale : Notre-Dame-du-Pilier (Nuestra Señora del Pilar).

D’anciens récits rapportent que Jacques prêcha près du cap Finisterre. C’est ensuite qu’il aurait regagné la Judée pour y connaître son destin tragique, laissant des disciples pour continuer l’évangélisation de la Galice. […] »

Ce texte est extrait de l’ouvrage Le Pèlerinage à Compostelle : une quête spirituelle, (chap. I, « De l’histoire à la légende ») de Michel Armengaud, conférencier de la section Traditions et Philosophies de l’Université Rose-Croix Internationale (U.R.C.I.).